Joliot Curie
Lycée
Aubagne
 

Fmi et Omc

lundi 9 avril 2007, par FROISSART Philippe

Ce fichier doit aussi beaucoup à C. Rodrigues, JP Dal Follo, L. Demry. Il est téléchargeable (voir en bas de page).

Une éventuelle régulation par des institutions internationales
 
I) Fonds monétaire international et Banque Mondiale
 
Le FMI comme la Banque Mondiale sont des organisations (pyramidales) qui relèvent du système des Nations Unies[1]. Elles sont créées à la même date, à la conférence de Bretton Woods de juillet 1944. Deux conceptions se sont alors affrontées :
- une conception « minimaliste » défendue par les Etats-Unis[2] selon laquelle l’organisation monétaire internationale doit se limiter à un système de coopération afin d’assurer la stabilité des changes ;
- une conception beaucoup plus ambitieuse défendue par la Grande-Bretagne[3] qui souhaitait la création d’une véritable institution monétaire internationale émettrice d’une monnaie internationale (le « Bancor ») ;
- la victoire des conceptions américaines va marquer durablement l’histoire monétaire internationale.
 
A) le FMI
 
1) organisation et principes
 
- Le FMI est administré par un Conseil des Gouverneurs qui se réunit chaque année en Assemblée générale. Chaque pays membre désigne un gouverneur et c’est le Conseil des Gouverneurs qui prend les décisions les plus importantes (admission de nouveaux membres, allocation de DTS -i.e. une créance sur le FMI-, révision des quotes-parts).
- Le directeur général préside le Conseil d’Administration pendant 5 ans.
- Le Conseil d’administration assure la gestion des affaires courantes du FMI. Il compte 24 membres dont 8 membres permanents[4].[5]
- Le FMI utilise un système de vote pondéré : le nombre de voix de chaque pays est proportionnel à sa puissance économique[6] . Les décisions importantes supposant une majorité qualifiée de 85%, les Etats-Unis disposent donc de fait d’un droit de veto sur ces décisions.
 
2) Évolution du rôle du FMI
 
- Il avait pour rôle initial de surveiller le respect des parités des différentes monnaies par rapport au $. Cette fonction a disparu dans les 70’s, quand les changes sont devenus flottants.
- Il fonctionne aussi comme une « caisse », alimentée par les cotisations des États en fonction de leurs revenus. En cas de difficultés graves, ces États pouvaient emprunter des ressources[7]. Sa fonction de prêteur s’est poursuivie et même affirmée : les moyens de la « caisse » ont été régulièrement augmentés jusqu’en 1997. Néanmoins, l’ampleur des mouvements de capitaux est telle qu’il ne peut jouer ce rôle convenablement : quand la crise asiatique éclate en 1997, 117 milliards de $ doivent être prêtés en 4 mois à la Thaïlande, l’Indonésie et la Corée du sud, et les institutions de Bretton Woods ne sont parvenues à prêter que 51 milliards (le solde fut financé par des avances bilatérales des Etats-Unis et du Japon et par la banque asiatique de développement). En novembre 1997, il ne restait que 17 milliards au FMI.
- Une nouvelle fonction est devenue essentielle : le FMI s’est transformé en une police financière, gardien de l’orthodoxie, imposant des politiques d’ajustement aux pays incapables de rembourser leurs dettes (Ped et Pecos).
 
B) La Banque Mondiale
 
- Comme le FMI, la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) ou Banque Mondiale (BM) est administrée par un Conseil des gouverneurs
- Ce Conseil des Gouverneurs se réunit une fois par an et délègue la plupart de ses attributions à un Conseil d’administration de 22 membres (dont les 5 principaux actionnaires de la BIRD : le G5). La Banque Mondiale utilise un système de vote pondéré comparable à celui qui est utilisé au sein du FMI.
- A l’origine, elle devait contribuer à la reconstruction de l’Europe, mais ses moyens se sont révélés insuffisants et, lorsque le Plan Marshall (1948) a pris en charge le financement de la reconstruction en Europe, la Banque Mondiale s’est tournée vers l’aide au développement : elle s’est d’abord spécialisée dans le financement de projets spécifiques (infrastructures, développement de l’agriculture etc.). Depuis la fin des années 1960, devant la dégradation de la situation dans le Tiers Monde, elle a étendu son champ d’intervention en mettant l’accent sur la « stratégie des besoins essentiels ».
- A partir des années 1990, la BM est aussi intervenue pour financer des projets dans les pays en transition vers l’économie de marché.
 
C) Le « consensus de Washington »
 
Les missions de ces deux institutions, dont le siège est à Washington, se sont rapprochées : elles portent sur un même objet, l’aide aux pays du Tiers-Monde. Elles sont aussi considérées comme étant au service du « consensus de Washington », c’est-à-dire d’une conception libérale. Les politiques fondées sur ce consensus ont indiscutablement conduit à des ajustements macroéconomiques. Mais leur coût a souvent été dénoncé comme prohibitif. La promotion des mécanismes de marché devient donc la condition sine qua non de l’aide. Loin d’occuper une position d’arbitre entre créanciers et débiteurs, FMI et Banque Mondiale deviennent des instruments de réformes économiques profondes exigées par les créanciers, en ouvrant ces pays au capitalisme.
 
1) Les programmes d’ajustement / accompagnement structurel (PAS) et leurs conséquences économiques
 
- promouvoir l’offre par la libéralisation des marchés intérieurs
- libération des prix des biens et des services[8], déréglementation du marché du travail et des marchés financiers,
- démanteler les obstacles au commerce extérieur,
- réduire le poids de l’État (privatisations, réductions des dépenses publiques...),
- dévaluer les monnaies,
- la priorité à la lutte contre l’inflation
L’exemple le plus fragrant est l’Amérique latine dans les 80’s : programme de libéralisation et de privatisations de très grande ampleur ; l’étau de la dette se desserre, l’hyperinflation est vaincue, l’accès aux marchés internationaux de capitaux est réouvert dans les 90’s.
Cependant, le plus couramment, l’ensemble de ces mesures entraîne aussi la contraction de la demande intérieure puis la récession.
 
2) Les conséquences sociales
 
- Le redressement financier, (fragile, nouvelle crise mexicaine de 1994, crise argentine de 2002/2003 avec la dollarisation) ne peut masquer la dégradation du niveau de vie de la plupart des habitants : creusement des inégalités, recul des budgets sociaux, diffusion de la violence, emprise des mafias de la drogue[9]
- les PAS sont loin d’être la voie royale vers le développement. Pourtant, ils sont étendus à l’Afrique noire depuis le début des 80’s, puis aux pays d’Europe de l’Est (transition brutale vers l’économie de marché => effondrement de la production, hyper-inflation, délitement du tissu social).
 
II) Du GATT à l’OMC
 
A) Le GATT (General agreement on tariffs and trade)
 
Alors que la multiplication des accords régionaux[10] risque de fragmenter l’espace commercial (selon les libéraux), le GATT, devenu OMC, cherche à imposer un espace mondial libéré de toute entorse à la concurrence.
 
1) Genèse
 
- Le GATT est le bras organisé de la doctrine du progrès par le libre échange. Dès 1944, les libérateurs américains utilisent leur puissance pour mettre en place les institutions capables de promouvoir pour l’après‑guerre un monde conforme à leur vision : F.M.I., Banque Mondiale, O.N.U., B.I.R.D., O.E.C.E. pour distribuer l’aide Marshall ... Le commerce serait à la fois un bienfait économique et un garant de la paix. Derrière la générosité du discours et la confiance dans la supériorité des valeurs occidentales, bien dans la manière de l’establishment WASP (white anglo saxon protestant), se cache un rapport de force. A l’instar du Royaume Uni au XIXème siècle, les Etats‑Unis sont l’usine du monde (près de la moitié de la production manufacturière mondiale), ils n’ont rien à perdre aux échanges, et tout à y gagner. Les alliés ont un trop grand besoin de l’aide Marshall pour en contester le principe.
- En février 1946, le conseil économique et social des Nations Unies convoque, sur proposition américaine, une conférence mondiale sur le commerce et l’emploi. Après deux ans de négociation, cette conférence aboutit à l’élaboration de la fameuse charte de la Havane le 24 mars 1948. Cette charte devait instituer l’OIC, institution internationale dont l’objectif allait au-delà de la simple réduction des barrières protectionnistes. Le projet avorte par un refus de ratification de la charte par la Congrès américain pour deux raisons essentielles :
· opposition politique entre le président démocrate (Harry Truman) et le Congrès majoritairement républicain ;
· la situation internationale marquée par le déclenchement de la guerre froide. Les relations commerciales internationales en sont, par conséquent restées au stade de simples accords de principes sans aucune mesures institutionnelles des coercition.
- L’abaissement des droits de douane entre les pays paraissait le liant le plus efficace pour solidifier la cohésion du monde libre. Puissance économique incontestée face à une Europe dévastée par la guerre et coupée en deux, les E. U. en ont été les ardents promoteurs. En octobre 1947, 23 pays signent une séries d’accords commerciaux qui entrent en application le 1er janvier 1948 : le GATT. Ces accords étaient considérés comme la première pierre d’une véritable organisation mondiale du commerce ; il s’agit d’un dispositif transitoire dans 1’attente de 1’application de la Charte de la Havane (1948) qui prévoyait la création d’une Organisation Internationale du Commerce (O.I.C.). Celle‑ci n’ayant jamais été ratifiée, le GATT a été maintenu sous la forme d’un secrétariat permanent, dont le siège est à Genève
 
2) Principes
 
Le GATT pose les fondements d’un code de conduite visant à créer les conditions d’une concurrence loyale :
 
- la non-discrimination : Chaque pays doit accorder à tous les mêmes droits d’accès à son marché en applica­tion de la « clause de la nation la plus favorisée » (tout avantage accordé à un pays est étendu aux autres). Les produits importés ne peuvent être défavorisés : ni fiscalité spécifique, ni subvention ou crédits bonifiés ;
- la consolidation : chacun s’engage à ne pas revenir sur des concessions accordées, de façon à ce que l’évolu­tion aille toujours dans un sens plus libre‑échangiste ;
- l’interdiction des protections non tarifaires ;
- la transparence : toutes les normes doivent être clairement notifiées ;
- l’interdiction du dumping(celui ci prend deux formes : 1) prix de marché inférieur au coûts de production ; 2) vendre un produit exporté à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché national) ;
- des négociations commerciales multilatérales (N.C.M.) : discriminations et protections non tarifaires étant prohibées, le progrès du libre échange doit se faire par négociation générale ;
- des dérogations : excédents agricoles, déséquilibre momentané de la balance des paiements, préjudice grave résultant d’une augmentation brutale des importations, commerce avec les pays d’économie planifiée.
 
3) Les Négociations Commerciales Multilatérales (N.C.M) puis « Rounds »
 
Le retour extraordinairement rapide à la prospérité permet de mettre en œuvre la méthode des Négociations Commerciales Multilatérales (N.C.M.).. Les suivantes, appelées rounds, sont plus longues et approfondies.
- Les sept cycles de négociations qui ont suivi la création du Gatt ont été essentiellement consacrés à la diminution régulière des droits de douane. Les premières se déroulent à Annecy (1949), Torquay (1950), Genève (1954). Elles portent principalement sur les réductions de DD (ceux ci sont particulièrement élevés dans les années 1950) produit par produit. Au cours des négociations commerciales multilatérales, deux ou plusieurs parties contractantes s’accordent mutuellement des concessions d’ordre tarifaire qui, grâce à la clause de la nation la plus favorisée, seront étendues à toutes les autres parties
- Le 8e cycle, l’Uruguay Round, s’est soldé au bout de sept ans de laborieuses négociations, en 1994, par l’accord de Marrakech qui signait l’acte de décès du GATT au profit de l’OMC.
 
· Dillon[11] round en 1960‑62. La CEE créée en 1958 entre dans le GATT et s’engage à réduire son barème douanier de 20 % et demande aux autres parties contractantes de consentir la même baisse (processus de réduction linéaire de l’ensemble des DD).
 
· Kennedy round en 1964‑67 qui abaisse les droits en moyenne de 35 %. Mais certains produits restent fortement taxés - les pics tarifaires- sont maintenus ; les Etats‑Unis conservent leur arsenal juridique (Buy American Act, American Selling Price pour les produits chimiques, Domestic International Supply Corporation) ; + Accords sur les pratiques anti-dumping
 
· Tokyo round en 1973‑79 qui aboutit à une nouvelle réduction de 33 %, à 1’écrêtement des pics tarifaires, à un début de réglementation des obstacles non tarifaires (DISC supprimé en 1976, American Selling Price en 1980) et adoption d’un code de bonne conduite.
 
NB : les 3 premiers rounds ont eu surtout un succès dans le domaine tarifaire : la moyenne des DD sur les principaux marchés industriels est passée de 40 % lors de la création du GATT à 6 % à la signature du Tokyo round.
 
· Uruguay (lancement le 20 Sept. 86, à Punta del Este) round en 1986‑90 qui aborde des sujets brûlants : services restés hors des libéralisations de l’après-guerre et agriculture surprotégée et de plus en plus excédentaire. Faute d’un accord à la date prévue (décembre 1990), la négociation se poursuit à Genève depuis janvier 1991. Il se présente comme la négociation la plus vaste depuis la création du GATT : comprend les problèmes traditionnels tarifaires et non tarifaires mais aussi la réforme des règles de l’accord général. Les négociations devaient se terminer en décembre 1990 mais se sont en fait poursuivis jusqu’au 15 décembre 1993 à Genève pour aboutir à la signature le 15 avril 1994 aux accords de Marrakech instituant l’OMC (111 pays signataires).La portée de cet accord est double : le mouvement de libéralisation des échanges de marchandises est étendu
§ dans son contenu : produits agricoles[12], avec baisse des subventions ; textiles, avec 10 ans pour abandonner les accords multifibres ; services ; technologies de l’information ; télécommunications ; services financiers ; propriété intellectuelle (brevets, marques, droits d’auteur),
§ et dans ses formes : suppression des barrières non tarifaires et des accords de restriction volontaire à l’exportation, encadrement précis des subventions autorisées : aides à la recherche, aides régionales, aides à l’aéronautique,
 
 
B) L’OMC
 
1) Quelle conception du multilatéralisme ?
 
La mise en place de l’O.M.C. consacre l’adhésion des grands pays au multilatéralisme (libre échange généralisé). Cependant, les fonctions de cette nouvelle organisation restent à définir. Deux conceptions du multilatéralisme, qui n’ont que quelques points d’intersection, risquent de s’affronter : la conception universaliste et la conception coopérative :
 
- La conception universaliste du multilatéralisme suppose que l’ensemble des pays signataires adhère à un système de valeurs unitaire : il s’agit là d’une logique mondialiste dans une perspective de « fin de l’histoire ». Ainsi, la participation de la Chine à l’OMC reste problématique aujourd’hui (alors qu’elle était présente à l’Uruguay Round) ; A. Smith défendait lui-même l’idée selon laquelle le libre échange n’était concevable qu’entre des nations partageant la même foi dans le marché. On notera toutefois que cette forme là de multilatéralisme reste à l’état d’idéal-type pour les libéraux tandis qu’elle n’est pas souhaitable pour ceux qui privilégient une conception plus coopérative.
 
- Dans la conception coopérative, la vocation du multilatéralisme n’est pas de favoriser la généralisation de règles universelles mais plutôt d’assurer la compatibilité des intérêts égoïstes, et donc divergents, des nations. Le multilatéralisme essaie alors de s’affirmer comme une forme d’organisation coopérative permettant de surmonter les conflits commerciaux entre les pays (conception plus pragmatique du libre échange).
 
- Force est de constater le développement des relations commerciales sur une base régionale dans certaines zones géographiques : l’U.E s’élargit, l’A.L.E.N.A se consolide. Ces événements sont-ils compatibles avec un multilatéralisme qu’il soit universaliste ou coopératif ? Le renforcement du libre échange mondial depuis l’OMC ne réduit-il pas la portée des préférences régionales ? Inversement, la multiplication des zones de libre échange ne contredit-elle pas le principe multilatéral de non discrimination entre les pays ?
 
2) L’organe de règlement des différends (ORD)
 
- C’est une étape importante : jusque-là, le GATT n’avait pu faire face à la montée des obstacles non tarifaires dans les 80’s et aux sanctions bilatérales en cas de conflits. Le changement est majeur puisqu’à la règle du consensus -en fait souvent à la loi du plus fort- s’est substitué un juge de paix chargé de dire et de faire respecter le droit. Créé à l’initiative de l’Union européenne, cet Organe de règlement des différends (ORD) n’a été ratifié par le Congrès américain que sous la condition qu’un rapport lui serait remis début 2000 sur les effets de l’appartenance à l’OMC sur l’économie américaine.
 
- Jusqu’à l’avènement de l’OMC et de l’ORD, les E. U. promouvaient le libre-échange mais multipliaient les accords bilatéraux[14]. Le changement embarrasse Washington, qui dispose et use d’un arsenal de mesures unilatérales (ex : l’application de la section 30 qui l’autorise à prendre des sanctions dès qu’elle juge les pratiques de ses partenaires déloyales). Les vertus du libre-échange perdent leurs charmes dès qu’elles contrarient les intérêts américains. La position de l’Union européenne est diamétralement opposée. La mondialisation doit être maîtrisée, le rôle de l’OMC conforté et ses règles renforcées. Les gouvernements européens défendent le multilatéralisme, clé d’un développement durable bénéfique à tous et pas seulement aux plus forts.
 
 
- L’ORD est chargé d’arbitrer les conflits commerciaux. En théorie, les mêmes règles s’appliquent aux 132 pays membres, donc ils sont sur un pied d’égalité[15].
 
- En cas de litige, les États ont 60 jours pour trouver une solution « compatible avec les règles de l’OMC »[16]. Si cela n’aboutit pas, le plaignant demande la formation d’une commission d’arbitrage[17] qui a 6 mois pour établir un rapport. Puis ce rapport est adopté par l’ORD, sauf s’il fait l’objet d’un appel. Avec le GATT, il n’existait aucun mode de gestion des différents possibles entre les nations. L’OMC, en tant qu’institution internationale, a des prérogatives d’actions et de sanctions plus importantes
 
 
3) Critiques et désaccords
 
- Les critiques des Etats-Unis : l’OMC permet à l’UE de s’appuyer sur les pays tiers pour contrer les pratiques commerciales US.
- Les Etats-Unis sont en particulier très réticents à perdre leur souveraineté en matière de commerce, et se réservent le droit d’adopter des mesures unilatérales de rétorsion pour lesquelles ils sont seuls juges ; par ailleurs, des lois sanctionnent les entreprises qui commercent avec Cuba, l’Iran et la Libye
 
- Critiques des pays pauvres : c’est un moyen d’imposer juridiquement aux pays du sud l’ouverture de leurs marchés intérieurs (contrairement à ce qu’ont pu faire les NPI d’Asie pour se développer), de priver de protection leurs industries naissantes ; à l’inverse, les pays riches, plus compétitifs, profitent du système.
- Cependant les pays du sud obtiennent le droit de porter plainte contre les pays riches.
 
- Les désaccords entre UE et Etats-Unis : ce sont les maîtres du jeu. Les premiers veulent la fin des subventions agricoles européenne à partir de 2004 et de l’exception culturelle. Les Européens veulent un débat beaucoup plus large sur la régulation de la mondialisation (imposition de normes sociales comme l’interdiction du travail des enfants, le droit syndical, de sécurité alimentaire, de respect de l’environnement, principe de précaution face aux OGM). A deux reprises, les décisions de l’OMC n’ont pas été respectées : dans la guerre de la banane jusqu’en 2001 et sur le bœuf aux hormones entre Etats-Unis et Europe.
 
- Les désaccords Nord/Sud : les pays du Sud sont opposés aux normes sociales (avantage comparatif du dumping social) et estiment que les différents rounds ne leur ont guère profité (faible part dans les échanges), qu’ils sont mal représentés à l’OMC (quinze pays africains n’ont pas de représentants, alors qu’il y en a en moyenne 7 par pays de l’OCDE)
 
4) L’échec du sommet Seattle (30 nov.-3 déc. 1999).
 
a) quelques raisons à l’échec
 
- La conférence de décembre 1999 à Seattle devait lancer un nouveau round de négociations, le Millenium Round mais s’est achevée le 3 décembre sur un échec. Les représentants des 135 pays membres ne sont pas parvenus à élaborer une déclaration commune définissant l’agenda d’un nouveau cycle de négociation pour libéraliser les échanges mondiaux. Les discussions sont officiellement suspendues. La présence de dizaines de milliers de manifestants venus des quatre coins du monde (syndicats du nord et du sud, associations), qui reprochent à l’OMC de ne pas tenir compte de l’avis des pays du tiers-monde, d’ignorer les risques écologiques et d’uniformisation culturelle, a empêché la tenue de ce sommet. Le sommet de Doha (Qatar) de novembre 2001 marque l’entrée de la Chine dans l’OMC.
 
- Les E. U. souhaitent rester sur un agenda concentré autour de l’agriculture et les services, un simple prolongement du cycle de l’Uruguay. L’Europe plaide pour une négociatoin globale qui irait au-delà des échanges commerciaux, et incluerait l’investissement, la concurrence, le commerce électronique, les normes environnementales et sociales. Le décalage entre les deux rives reflète leur situation. Les E. U. voient s’effriter leur suprématie commerciale. L’Europe de l’euro constitue de plus en plus un bloc soudé. L’enjeu est de convaincre les uns et les autres de ne pas céder aux sirènes du protectionnisme.
 
- L’agriculture a été à l’origine du principal désaccord, les Américains et leurs alliés souhaitant que les 135 membres s’engagent dans le texte final à « éliminer » progressivement les subventions aux exportations, tandis que les européens s’y opposaient. D’autres divergences sont apparues entre Europe et E. U. (sur les OGN notamment), mais aussi entre pays riches et pays pauvres sur les normes sociales ou sur l’environnement. L’OMC en est un des symboles et un de ses plus puissants instruments à travers la libéralisation du commerce mondial. Il était donc logique que la protestation se focalise sur cette jeune institution, qui plus est la seule à être dotée d’un pouvoir de règlement des différends, d’un pouvoir judiciaire capable de sanctionner les Etats récalcitrants à ce nouvel ordre mondial.
 
- L’échec de la conférence est d’abord celui de l’OMC dont le fonctionnement, peu transparent, a été dénoncé : organisation qui n’est pas élue, qui ne rend de comptes à personne et qui a le pouvoir de s’immiscer dans la politique des Etats, de remettre en cause la protection sociale, d’aller contre l’intérêt des consommateurs, et, au nom du libre-échange, d’ignorer le respect de l’environnement. Mal préparée, la réunion avait conduit à une marginalisation des pays pauvres qui se sont finalement regroupés pour contrer l’intransigeance des pays du Nord. Elle est surtout une victoire des ONG. Depuis des mois, les guerriers de l’antimondialisation ont utilisé la Toile pour inonder la planète de leurs messages. Organisations non gouvernementales (ONG), syndicats, mouvements de consommateurs et lobbies en tout genre, du Sud comme du Nord, ont mobilisé leurs militants, alerté l’opinion publique, et affûté leurs arguments pour donner à leur contre-sommet un écho à la mesure du rejet de plus en plus large que suscite la globalisation de l’économie. Représentatives de la société civile, elles avaient manifesté tout au long des cinq jours contre l’ouverture de ce « cycle du millénaire ». C’est de la société civile, particulièrement mobilisée en France, que viennent les plus grands détracteurs de l’OMC, incarnation d’une mondialisation diabolique.
 
- Les manifestations de milliers de militants (associations, syndicats, étudiants) qui ont ponctué, souvent dans la violence policière, ces quatre journées marathon, ont montré que les grandes institutions multilatérales qui prétendent réguler un monde en pleine mutation ne peuvent plus agir dans l’opacité la plus totale. Les préoccupations sur la « mal-bouffe », les OGN, la protection de l’environnement, ou la toute-puissance des sociétés multinationales ont éclaté à Seattle, sièges des plus puissantes d’entre elles, Boeing et Microsoft. Après la victoire contre l’AMI, remettre l’OMC, qui a vocation à organiser le commerce mondial, sous contrôle grâce à la pression des sociétés civiles, est un des vrais enjeux de société.
 
- Les E. U., qui avaient pris en charge la réunion, portent certainement une grande part de responsabilité. Pour des raisons électorales vis-à-vis du Congrès, ils ont pris en otage l’agriculture et donc l’Europe, et ont aussi poussé à la création d’un groupe de travail sur les relations entre le commerce et les normes sociales fondamentales, alors que cette proposition était inacceptable pour la plupart des gouvernements du tiers-monde.
 
b) Satisfaits et déçus
 
- Les ONG ont crié victoire à Seattle. « Ding dong, le round est mort », s’est félicité Public Citizen’s Global Trade Watch, affirmant que les ONG « sont heureuses de l’écroulement des plans de l’OMC pour étendre son pouvoir. Une protestation sociale, environnementale, citoyenne et des consommateurs a joué un rôle clé dans la mise à mort des négociations destructrices du Millenium Round ».
 
- Le Groupe de Cairns, réunissant 18 pays exportateurs agricoles se sont déclarés déçus de l’échec de Seattle. Le ministre australien du Commerce, qui s’exprimait en leur nom, a fait part de « ses regrets que les ministres n’aient pas pu parvenir à un accord pour lancer un nouveau cycle de négociations avec comme cœur, l’agriculture ». Mais il a tenu à souligner que « des progrès substantiels ont été accomplis pour obtenir un processus détaillé  » en vue d’une libéralisation de l’agriculture « dont les éléments cruciaux ont obtenu le soutien d’un grand nombre de pays développés et en développement  ».
 
- La CISL (Confédération internationale des syndicats libres) s’est réjouie de l’échec en estimant qu’il « pourrait marquer le début de la fin de la course au sommet où des capitaux sans frontière et aussi de trop nombreux gouvernements cherchent à obtenir des avantages compétitifs en violant les droits fondamentaux des travailleurs  ».
 
- Le Medef s’est déclaré « déçu  » par « l’échec » de la conférence, qui, selon lui, « ébranle la solidité  » de l’OMC, et « reporte la perspective d’un nouvel accroissement du commerce mondial, et donc de la croissance économique et des emplois qu’elle génère  ».
 


[1] Le FMI et la Banque mondiale ont le statut d’institutions spécialisées de l’ONU.
[2] Les Etats-Unis étaient représentés à Bretton Woods par H. White, sous-secrétaire d’Etat au Trésor. C’est le Plan White qui est, pour l’essentiel, adopté.
[3] Représentée par J.M. Keynes.
[4] Les 5 premiers sont les Etats du G5 qui ont les quotes-parts les plus importantes au sein du capital du Fonds. L’Arabie Saoudite s’est ajoutée à ce groupe en raison de ses contributions importantes (notamment après les chocs pétroliers). La Russie et la Chine sont présentes de fait dans les membres permanents pour des raisons politiques.
[5] 16 membres élus par des groupes de pays afin d’assurer une représentation des différentes régions du monde.
[6] Actuellement : EU 17,35%, zone euro 23,27%, Japon 6,22%, autres pays ensemble 53,16% des voix
[7] Les droits de tirage spéciaux
[8] Exemple de la Tunisie et des émeutes qui s’ensuivirent
[9] FARC
[10] Par exemple 33 accords entre 1990 et 1994
[11] Secrétaire du Trésor des E.U de 1960
[12] D’où les réticences françaises
[13] L’administration Clinton en avait signé 134 avec le Japon dans les secteurs-clé comme l’automobile, les télécommunications, les semi-conducteurs et les services financiers
[14] B. Marre, auteur du rapport parlementaire « De la mondialisation subie au développement contrôlé ».
[15] Ainsi, le Venezuela a gagné contre les Etats-Unis qui refusaient d’importer leur essence, et le Guatemala contre l’UE dans la guerre de la banane (UE condamnée à 200 millions de $ d’amende, différend achevé en juillet 2001.
[16] 22 plaintes sur 122 se sont réglées à l’amiable
[17] Un « groupe spécial de travail »
 
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