Joliot Curie
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Aubagne
 

Les déchets une problématique internationale. La décharge de Tanger le lieu des contradictions.

lundi 2 octobre 2017, par SAINTJOURS LAURENT

Dans le cadre de l’échange tripartite entre Tanger / Berlin et Aubagne un groupe de 24 élèves (8 Français, 8 Allemands et 8 Marocains) a assisté à l’intervention de Ahmed Taheri docteur en biologie sur le problème que posent les déchets à Tanger. Tanger est une ville cosmopolite et internationale de plus d’un million d’habitants sur un territoire de 130 km2, on prévoit plus de 2 millions d’habitants en 2025 et un vrai problème va se poser concernant la gestion des déchets. Avec une production journalière de 0,85 kg par jour Tanger produit presque 300 000 tonnes par an qui sont exclusivement envoyés dans la vieille décharge non contrôlée, la plus grande d’Afrique et qui fête aujourd’hui ses 40 ans.
La mise en place d’une nouvelle décharge est à l’origine de nombreux conflits entre les acteurs locaux ; d’abord politique elle n’a pas encore ouvert victime de l’incompréhension et des tensions politiques. La rencontre avec le maire d’arrondissement de Tanger leur a permis de comprendre que le retard de construction était dû à un appel d’offre auquel personne n’avait répondu mais surtout à des résistances locales, les populations environnantes refusant d’accepter que les déchets de Tanger se retrouvent sur leur territoire. Ils ont aussi rencontré des représentants d’associations environnementales ,pour qui, installer une décharge dans une zone protégée est une aberration écologique au risque de mettre en péril la biodiversité unique qui existe dans cette espace, considéré comme un des 10 plus grands spots internationaux de la biodiversité et des biologistes qui voient d’un mauvaise œil la menace de la disparition d’une espèce endémique à cette région l’outarde barbu. Ce regard croisé entre ces acteurs leur a fait comprendre la difficulté de gérer les déchets mais surtout la nécessité de prendre rapidement des mesures pour sauvegarder l’environnement.
Construire une décharge moderne est une nécessité pour Tanger mais elle doit avant tout être respectueuse des populations et surtout d’un environnement considéré comme exceptionnel.
Aujourd’hui une autre problématique voit le jour celle des chiffonniers ce qui nécessite la prise en compte de la décharge d’un point de vue global, autant environnemental, économique que social ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Ils sont une centaine à récupérer les déchets qu’ils vont ensuite revendre, ils sont présents le jour et la nuit et vivent au rythme de l’arrivée des camion-bennes. Tout est récupéré et revendu, aussi bien le plastique, le verre et surtout le métal qu’ils transforment sur place en allumant des feux pour le faire fondre. C’est un véritable problème qui n’est pas seulement économique mais aussi environnemental et surtout social. On est en présence de véritables réseaux organisés où chacun a sa place et son statut, celui qui ramasse est en bas de l’échelle et ne peut revendre qu’à un intermédiaire qui lui va fournir le grossiste. Sur le plan social la ville de Tanger est en face d’un véritable enjeu ; que faire de cette population quand la nouvelle décharge sera en fonctionnement pour le maire d’arrondissement ils seront intégrés au projet de la nouvelle décharge. Des tentatives de formations ont été mises en place pour pouvoir les réintégrer mais elles ont été un échec car un chiffonnier peut gagner jusqu’à 50 euros par jour dans un pays ou le salaire moyen mensuel est de 200 euros. Il y a alors eu un retour de ces populations en formation sur la décharge.

Un autre problème s’est greffé sur celui-ci, de nombreuses personnes sont arrivées de tout le Maroc chassées par la mise en place de décharges modernes ce qui les a obligé à partir, la décharge de Tanger est devenue pour eux un véritable Eldorado.
Ce commerce informel touche de plus en plus de personnes à Tanger et aujourd’hui aucune solution n’a réellement vu le jour. C’est un véritable paradoxe entre une décharge non contrôlée et une véritable organisation sociale qui y vit et y meurt. Une micro- société qui vit en marge mais qui a su se créer ses propres règles.
Le regard sur cette réalité a donné aux élèves une vision différente et quasi-inimaginable. Si le déchet est pour nous un rebut, un objet en fin de vie il constitue pour certain une véritable ressource. Le déchet ne sera plus jamais vu de la même façon, ça c’est certain.

 
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